dimanche 6 septembre 2026

Les Filles de Magdalena

Une jeune bonne douée pour la harpe, un rêve de musique et de liberté, un officier de passage. Il n'en faut pas plus pour faire basculer le destin de Molly dans l'Irlande des années 1920, et l'envoyer derrière les murs d'un couvent dont on ne ressort pas indemne.

Couverture de la bande dessinée Les Filles de Magdalena, de Chantal Van den Heuvel et Nina Jacqmin

Irlande, milieu des années 1920. Molly est domestique dans une riche famille, mais sa modeste condition ne l'empêche pas de grandir aux côtés de Candice et Brendan, les enfants de la maison. Le maître des lieux, chef d'orchestre, a repéré son oreille musicale et lui a offert une harpe. Avec les deux adolescents, elle forme un petit orchestre et ne rêve que de musique et de liberté. Une parenthèse enchantée que la maîtresse de maison, elle, voit d'un très mauvais œil.

Tout bascule le jour où Molly, par naïveté, se laisse séduire par un jeune officier volage. Enceinte hors mariage, la voici rejetée par la bonne société irlandaise. Sous la pression d'un prêtre, elle est envoyée dans l'un des couvents de la Magdalena. Derrière ces murs où l'on prétend faire « expier leurs fautes » aux filles-mères, Molly devient blanchisseuse, comme des milliers d'autres femmes internées avant elle.

Car ce récit de fiction s'appuie sur un fait historique glaçant : les Magdalene Laundries, ces blanchisseries tenues par des congrégations religieuses où, tout au long du vingtième siècle, plus de dix mille Irlandaises jugées « déviantes » ont été enfermées, exploitées et privées de liberté, avec la complicité de l'Église et de l'État. Un scandale longtemps étouffé, que le cinéma avait abordé mais que la bande dessinée n'avait quasiment jamais exploré.

Chantal Van den Heuvel, scénariste chevronnée à qui l'on doit de nombreux récits historiques, retrouve la dessinatrice Nina Jacqmin. Le trait de cette dernière, tout en visages ronds et en teintes chaudes d'ocres et de roses poussiéreux, pourrait sembler trop doux pour un tel sujet. C'est justement sa force : cette douceur, d'abord réconfortante, se met peu à peu à peser, jusqu'à retourner contre le lecteur le confort de son propre regard. Le récit s'achève sur un secret que même l'Église tentera d'enterrer.

Planche de la bande dessinée Les Filles de Magdalena
Planche de la bande dessinée Les Filles de Magdalena
Planche de la bande dessinée Les Filles de Magdalena

Infos pratiques

  • Bande dessinée
  • De Chantal Van den Heuvel, illustré par Nina Jacqmin
  • Édité par Vents d'Ouest – 112 pages – 18€
  • Site internet : glenat.com
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